• Tribulations d'un chemin

    De la voie Autricum-Dunnum à la N10 en passant par la route royale d'Espagne

    Tribulations d'un chemin 

    Extrait des plans de l'Atlas de Trudaine sur les routes royales (XVIII°s.)http://www.culture.gouv.fr/documentation/archim/dossiers.htm  Tribulations d'un chemin

    Plan 1. D'après l'Atlas de Trudaine (XVIII°s)

    Tribulations d'un chemin

    Plan 2. D'après le cadastre napoléonien (Début XIX°s)

    Tribulations d'un chemin

    Plan 3. D'après la carte IGN (XXI°s)

    L'étude des cartes anciennes, des plans cadastraux et des documents d'archives permettent de mettre en évidence que l'itinéraire Chartres-Chateaudun, axe de circulation majeur, correspond, dans la boucle de l'Eure, à plusieurs tracés s'étant succédés dans le temps et ayant parfois coexisté :

     La route royale dite "route d’Espagne" traversant l’Eure à Thivars (IIb sur les plans)

     Construite au XVIIIe s., la route royale se caractérise par son tracé rectiligne et sa discordance totale par rapport au parcellaire des cultures, elle est devue la RN10

      

     L’ancien Chemin de Bonneval (IIa sur les plans)

      

    Ce chemin préexistant à la route royale suivait un tracé légèrement différent. De Boisvillette nous décrit avec précision l’itinéraire entre Chartres et Bonneval : " Il sortait de Chartres par le pavé Saint-Michel, la Butte des vieux capucins et les bas de Luisant, remontait le coteau et marchait sur Tachainville tout voisin de la grande route actuelle puis prenant à flanc de coteau, il descendait à Thivars, en s’approchant de Goindreville, traversait la rivière d’Eure et se portait dans la plaine vers Mignières, Chenonville, La Bourdinière et la Croix du Bois-de Feugères, toujours à l’Ouest de la route. Telle était du moins sa direction certaine jusqu’en 1785, époque de la construction du grand pont de Thivars " [BOISVILLETTE 1864 : 217].

    L’étude du cadastre ancien et surtout des cartes de l’Atlas de Trudaine nous permet de vérifier les assertions de Boisvillette.

      

     Le chemin de Loché traversant L’Eure à Varennes (I sur les plans)

      

    Sur le cadastre napoléonien, un second chemin rectiligne de direction Nord-Sud, permet de relier Luisant à la route de Châteaudun. Ignorant le bourg de Barjouville dont il passe légèrement à l’Ouest, ce chemin se dirige vers le gué de la Varenne permettant le passage de l’Eure. On peut le suivre sur la rive droite de la rivière, il traverse le hameau de Loché (Ver-les-Chartres) puis se dirige vers celui du Bois Mivoye (Dammarie) et rejoint la route royale au Temple. On retrouve, en partie, ce tracé sur l’Atlas de Trudaine.

     

    Plusieurs indices témoignent de son ancienneté :

    •  Le tracé ignore les principaux centres d’habitation voisins (Barjouville, Ver).
    •  La dénomination sur la feuille cadastrale de la commune de Boisvilette le rattache à un itinéraire supra-local : chemin de Bonneval à Chartres.
    •  Il sert de limite communale sur une grande partie de son trajet (entre Ver et Thivars ainsi qu’entre Dammarie et les 3 communes situées à l’Ouest.
    •   Il donne son nom à quelques micro-toponymes (Chemin du Bois) et surtout au Bois-de-Mivoye dont l’origine vient de la situation à mi-chemin sur cet itinéraire (entre Dreux et Châteaudun ?)

    Il est donc tentant d’y voir, à l’instar de Boisvillette, l’ancien départ du chemin de Chartres à Blois. Faut-il y voir la voie antique Autricum-Dunnum? C’est ce qu’affirme l’Abbé Guillon, se basant sur les témoignages des anciens qui l’avaient vue " très large et faite de ladères formant un fort blocage. Il y a quelques années, elle existait parfaitement intacte depuis Loche jusqu'au Bois : peu à peu elle s'est rétrécie, chaque riverain ensemençant la parcelle négligée pour la circulation. Chose à noter, elle ne coupe aucun champ sur son passage" [GUILLON 1904]. Sa dénomination comme " Chemin Ferré " sur plusieurs portions (entre Le Temple et Le Bois-de-Mivoye) vient appuyer cette hypothèse[1]. D’autant quecette dénomination apparaît très ancienne, antérieure au XIIIe s.[2].

    Actuellement, cet itinéraire constitue la route départementale D.127 entre Luisant et Le Bois-de-Mivoye puis persiste encore sous forme d’un chemin jusqu’au Bois de Chenonville.

     

    En conclusion, l’étude de cet itinéraire Chartres-Châteaudun montre l’existence d’un faisceau de tracés conditionnés par les points de passage de l’Eure (Thivars ou Varenne). Ces différents tracés ayant pu coexister ou se succéder dans le temps. Si à l'époque moderne, le tracé par Thivars supporte le flux le plus important[3], il n'en a peut-être pas toujours été ainsi.


     

    [1] Le toponyme " Chemin ferré " est effectivement souvent associé à des voies antiques, en référence à la solidité de la voie. Selon Littré, " Chemin ferré= Chemin dont le fond est ferme et pierreux et où l'on n'enfonce point. Chemin ferré se dit aussi, par opposition à chemin pavé, d'un chemin construit avec des cailloux. Ici la racine est bien fer mais pour signifier, par analogie, la "dureté" (du sol).. "

    [2] Major strata publica ferrata que ducit a Carnoto apud Bonamvallem (1238) . AD28 H882.

    [3] En 1553, dans son guide des chemins de France, Charles Estienne fait passer son itinéraire de Paris à Châteaudun par Chartres, Thivars (Tivas où il mentionne un gîte), Le Bois-de-Feugères et Bonneval [ESTIENNE 1553 : 106].

     

     
     

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