• Canonball en 1903 à Thivars

    Un siècle avant la traversée de la France à vive allure par des anglais fortunés, les pionniers de l'automobile organisèrent une course Paris-Madrid passant par Thivars, sur la route d'Espagne. Le photographe Charles Nessler planta son appareil sur le bord de la chaussée pour immortaliser le passage d'un concurrent.

      Canonball en 1903 à Thivars

    En ce 24 mai 1903 , la foule s'est massée le long du parcours pour être aux premières loges de ce spectacle d'un nouveau genre. Les dames ont mis leur habit du Dimanche et leur plus beau chapeau, elles se tiennent prudemment en retrait. Un enfant se tord le cou pour voir arriver, dans un nuage de poussière, un fou du volant. Peut-être est-ce Leslie Porter qui trouvera la mort peu après, dans sa Wolseley carbonisée suite à une sortie de route au passage à niveau de Bonneval, ou peut-être un des frère Renault dont l'un périra à Poitiers alors que l'autre terminera cette première étape en seconde position à Bordeaux. Les autorités, devant l'hécatombe des conducteurs comme des spectateurs, mettra fin à la course au soir de cette première journée.

    Canonball en 1903 à Thivars

    Outre son apport concernant l'histoire de l'automobile, ce document nous donne à voir l'état de la route à l'aube du XXeme siècle. On y distingue clairement l'héritage de la route royale d'Espagne édifiée à la fin du XVIIIeme siècle voir l'article "Tribulation d'un chemin"). Sa largeur de 13m correspond aux 42 pieds recommandés pour l'établissement des "grandes routes qui traversent la totalité du royaume, ou qui conduisent de la capitale dans les principales villes, ports ou entrepots de commerce" dans un arrêt du conseil de 1776. On repère également la division de la route en 3 voies: la chaussée empiérée au centre (d'une largeur d'environ 5m40) et deux bernes ou chemin de terre de chaque coté. La chaussée est dédiée au passage des voitures à cheval ou, plus rarement, à moteur. La berne de gauche (en orange) est dévolue à la circulation des chars et charettes comme en témoigne les traces laissées par les roues, la berne de droite (en vert)  est le domaine des piétons car à l'époque on chemine encore le long des chemins. De chaque coté, on retrouve les rangées d'arbre. Initialement, les arbres étaient plantés derrière les fossés sur les terrains des riverains "à une toise au moins du bord extérieur du fossé". ce n'est qu'à la révolution que les plantations passent du coté interne des fossés, sur le domaine publique.

    Canonball en 1903 à Thivars

    Si aujourd'hui la route a gardé son tracé et ses arbres, la chaussée s'est élargie et plus personne ne vient observer les bolides défilant souvent à plus de 100 km/h à longueur de journée...

     


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  • Trois garennes de la boucle de l'Eure

    Trois garennes de la boucle de l'Eure

    Les recherches sur d'anciens plans terriers ont permis de révéler la présence de trois anciennes garennes sur le territoire de la boucle de l'Eure. Les garennes sont des espaces généralement arborés servant de remises pour le petit gibier, principalement les lapins. Le droit de garenne est un privilège reservé à la noblesse. La garenne est donc un symbole du pouvoir seigneurial, signe ostentatoir d'appartenance à la classe nobiliare. 

     L'étude des garennes montre une forte diversité des ces structures tant par leur taille que par leur forme, certaines étaients ouvertes, justes bornées; d'autres closes de palissades ou de murs . Dans certaines, les animaux étaient laissés à l'état sauvage, dans d'autres, ils étaient alimentés soit directement soit par la plantation de légumes ou de céréales.L'aspect financier de l'exploitation d'une garenne n'est pas à négligé, outre le gibier, la garenne peut fournir du bois. Ainsi, au XVIIeme siècle, "le théatre d'agriculture et mesnage des champs" d'Olivier de Serres  précise que, de la garenne, on peut retirer "abondance de menu bois de chauffage, quand par chacun an ferait couper du taillis par quartier selon sa portée. commodité non petite, accomparée aux fumiers du Colombier". A la fin de l'ancien régime, les garennes seigneuriales sont ainsi souvent afermées.

     Trois garennes de la boucle de l'Eure

    Garenne de Chétiveau (Fontenay-sur-Eure) Cliché R.Tourret 2011

      

    Les trois garennes de la boucle de l'Eure dépendent toutes trois de seigneuries laïques:

    • La première est située juste au dessus de la ferme seigneurial de Chétiveau et englobe l'ancienne motte féodale. Une partie de cette garenne est encore boisée aujourd'hui et à garder sa vocation d'héberger le petit gibier (propriété privée).
    • La seconde est située à proximité immédiate du village de Fontenay-sur-Eure et appartient à au fief de la Barre, une des deux seigneurie laïque de Fontenay. Un plan terrier du XVIIIeme siècle la montre close avec ce qui semble être une petite tourelle à l'angle nord-ouest. le bois de la Garenne a perduré jusqu'à nos jours. Il s'agit actuellement d'un bois communal.
    • La troisième est située à l'est de la motte féodale de Goindreville. Son existence n'est révélée que par le toponyme "La garenne" associé à une parcelle entièrement cultivée de nos jours.

    Ces espaces originaux constituent un patrimoine à la fois naturel et historique à conserver et à mettre en valeur


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  • De la voie Autricum-Dunnum à la N10 en passant par la route royale d'Espagne

    Tribulations d'un chemin 

    Extrait des plans de l'Atlas de Trudaine sur les routes royales (XVIII°s.)http://www.culture.gouv.fr/documentation/archim/dossiers.htm  Tribulations d'un chemin

    Plan 1. D'après l'Atlas de Trudaine (XVIII°s)

    Tribulations d'un chemin

    Plan 2. D'après le cadastre napoléonien (Début XIX°s)

    Tribulations d'un chemin

    Plan 3. D'après la carte IGN (XXI°s)

    L'étude des cartes anciennes, des plans cadastraux et des documents d'archives permettent de mettre en évidence que l'itinéraire Chartres-Chateaudun, axe de circulation majeur, correspond, dans la boucle de l'Eure, à plusieurs tracés s'étant succédés dans le temps et ayant parfois coexisté :

     La route royale dite "route d’Espagne" traversant l’Eure à Thivars (IIb sur les plans)

     Construite au XVIIIe s., la route royale se caractérise par son tracé rectiligne et sa discordance totale par rapport au parcellaire des cultures, elle est devue la RN10

      

     L’ancien Chemin de Bonneval (IIa sur les plans)

      

    Ce chemin préexistant à la route royale suivait un tracé légèrement différent. De Boisvillette nous décrit avec précision l’itinéraire entre Chartres et Bonneval : " Il sortait de Chartres par le pavé Saint-Michel, la Butte des vieux capucins et les bas de Luisant, remontait le coteau et marchait sur Tachainville tout voisin de la grande route actuelle puis prenant à flanc de coteau, il descendait à Thivars, en s’approchant de Goindreville, traversait la rivière d’Eure et se portait dans la plaine vers Mignières, Chenonville, La Bourdinière et la Croix du Bois-de Feugères, toujours à l’Ouest de la route. Telle était du moins sa direction certaine jusqu’en 1785, époque de la construction du grand pont de Thivars " [BOISVILLETTE 1864 : 217].

    L’étude du cadastre ancien et surtout des cartes de l’Atlas de Trudaine nous permet de vérifier les assertions de Boisvillette.

      

     Le chemin de Loché traversant L’Eure à Varennes (I sur les plans)

      

    Sur le cadastre napoléonien, un second chemin rectiligne de direction Nord-Sud, permet de relier Luisant à la route de Châteaudun. Ignorant le bourg de Barjouville dont il passe légèrement à l’Ouest, ce chemin se dirige vers le gué de la Varenne permettant le passage de l’Eure. On peut le suivre sur la rive droite de la rivière, il traverse le hameau de Loché (Ver-les-Chartres) puis se dirige vers celui du Bois Mivoye (Dammarie) et rejoint la route royale au Temple. On retrouve, en partie, ce tracé sur l’Atlas de Trudaine.

     

    Plusieurs indices témoignent de son ancienneté :

    •  Le tracé ignore les principaux centres d’habitation voisins (Barjouville, Ver).
    •  La dénomination sur la feuille cadastrale de la commune de Boisvilette le rattache à un itinéraire supra-local : chemin de Bonneval à Chartres.
    •  Il sert de limite communale sur une grande partie de son trajet (entre Ver et Thivars ainsi qu’entre Dammarie et les 3 communes situées à l’Ouest.
    •   Il donne son nom à quelques micro-toponymes (Chemin du Bois) et surtout au Bois-de-Mivoye dont l’origine vient de la situation à mi-chemin sur cet itinéraire (entre Dreux et Châteaudun ?)

    Il est donc tentant d’y voir, à l’instar de Boisvillette, l’ancien départ du chemin de Chartres à Blois. Faut-il y voir la voie antique Autricum-Dunnum? C’est ce qu’affirme l’Abbé Guillon, se basant sur les témoignages des anciens qui l’avaient vue " très large et faite de ladères formant un fort blocage. Il y a quelques années, elle existait parfaitement intacte depuis Loche jusqu'au Bois : peu à peu elle s'est rétrécie, chaque riverain ensemençant la parcelle négligée pour la circulation. Chose à noter, elle ne coupe aucun champ sur son passage" [GUILLON 1904]. Sa dénomination comme " Chemin Ferré " sur plusieurs portions (entre Le Temple et Le Bois-de-Mivoye) vient appuyer cette hypothèse[1]. D’autant quecette dénomination apparaît très ancienne, antérieure au XIIIe s.[2].

    Actuellement, cet itinéraire constitue la route départementale D.127 entre Luisant et Le Bois-de-Mivoye puis persiste encore sous forme d’un chemin jusqu’au Bois de Chenonville.

     

    En conclusion, l’étude de cet itinéraire Chartres-Châteaudun montre l’existence d’un faisceau de tracés conditionnés par les points de passage de l’Eure (Thivars ou Varenne). Ces différents tracés ayant pu coexister ou se succéder dans le temps. Si à l'époque moderne, le tracé par Thivars supporte le flux le plus important[3], il n'en a peut-être pas toujours été ainsi.


     

    [1] Le toponyme " Chemin ferré " est effectivement souvent associé à des voies antiques, en référence à la solidité de la voie. Selon Littré, " Chemin ferré= Chemin dont le fond est ferme et pierreux et où l'on n'enfonce point. Chemin ferré se dit aussi, par opposition à chemin pavé, d'un chemin construit avec des cailloux. Ici la racine est bien fer mais pour signifier, par analogie, la "dureté" (du sol).. "

    [2] Major strata publica ferrata que ducit a Carnoto apud Bonamvallem (1238) . AD28 H882.

    [3] En 1553, dans son guide des chemins de France, Charles Estienne fait passer son itinéraire de Paris à Châteaudun par Chartres, Thivars (Tivas où il mentionne un gîte), Le Bois-de-Feugères et Bonneval [ESTIENNE 1553 : 106].

     

     
     


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  • Un enclos dans les champs

     

    Un enclos dans les champs

     Vue aérienne au sud-est du hameau de Goindreville.

    Le survol de Goindreville a permis de mettre en évidence un enclos de forme trapézoïdale d'une dimension d'environ 130m de coté. les céréales y apparaissent plus foncé car la présence d'un ancien fossé délimitant l'enclos favorise leur croissance. Ce type d'enclos peut correspondre à différentes structures plus ou moins anciennes: trace du parcellaire d'époque moderne ou médiévale, délimité par des fossés; parcellaire antique ou enclos de ferme protohistorique.

    Dans le cas qui nous importe, une plongée dans les cartes et plans anciens permet de lever le mystère et de reconstituer l'évolution de ce quartier de terres aujourd'hui découpées en 2 grandes parcelles.


    Un enclos dans les champs

    Le cadastre napoléonien montre que la grande pièce de terre ou se trouvent les fossés était occupée par une grande ferme sur cour dénommée ferme de la Claux. La parcelle au sud-est était quant-à-elle découpée en de nombreuses lanières. On peut d'ailleurs constater que ces lanières sont recoupées par le chemin transversal (actuelle route de Goindreville à Thivars) témoignant de sa formation plus récente, le chemin le plus ancien était celui passant devant la ferme de La Claux (aujourd'hui un simple chemin). On a donc eu un déplacement du réseau viaire, ainsi qu'un déplacement de l'habitat puisque, si la ferme des claux a disparu au cours du XIX° siècle, de nouvelles habitations se sont établies de part et d'autre de la route de Thivars plus au sud. La limite entre la grande pièce de la ferme au claux et de la pièce laniérée est constituée d'un fossé.

    Un enclos dans les champs

    Un plan terrier de la seigneurie de Tachainville datant de la fin du XVIII° siècle (vers 1780) permet de retrouver une organisation comparable même si la ferme est représentée plus simplement par deux bâtiments. La pièce de Terre entourant la ferme présente également un parcellaire plus découpé. Il est possible de superposer les traces fossoyées vues d'avion et les limites du parcellaire du plan terrier. De plus le toponyme de "La Claux" traduit l'existence d'un terrain clos qui peut-être antérieur à la ferme.

    Un enclos dans les champs

    Ainsi, l'enclos visible d'avion au sud de Goindreville semble correspondre à un ancien terrains clos, ceint de fossés, à l'intérieur duquel était située une ancienne ferme disparue au XIX° siècle. La prospection au sol pourrait permettre de dater plus précisément la période d'occupation de cette ferme.

     


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  • Organisation du territoire autour de la motte de Goindreville 

    Autour de Goindreville

    Vue aérienne du hameau de Goindreville.

    L'organisation des territoires au Moyen-Age s'effectue souvent selon un modèle dit radio-concentrique associant, autour des centres d'habitat, un réseau de chemins en étoile (radial) et un parcellaire concentrique.

    Dans la boucle de l'Eure, une telle disposition apparaît assez nettement autour de la motte castrale de Goindreville (commune de Thivars).

    Centre de pouvoir, la motte de Goindreville est citée dès 954, elle permettait de contrôler le territoire de la seigneurie du même nom et surtout les passages de l'Eure proche.

    L'étude du cadastre napoléonien et des plans terriers du XVIIIeme siècle fait clairement ressortir la disposition radiale des chemins encore perceptible dans les rues du hameau.Autour de Goindreville

      

    Organisation radio-concentrique du parcellaire autour dela motte castrale de Goindreville. D'après le cadastre de 1825


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